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P L A C E   D  E   L A   P O E S I E

Sur cette page de la section Littéraire du Site "Prisons", des poèmes, des textes traitant de la détention. Vous désirez que le vôtre paraisse ici ? Envoyez-le à notre site. Votre conjoint écrit dans sa cellule ? Envoyez-nous ses textes.


Nous recommandons chaudement à tous nos visiteurs, et spécialement aux Étudiants,  qui s'intéressent au problème de la justice et des prisons, de lire le magnifique livre - toujours aussi actuel - de Victor Hugo : "Claude Gueux" - Collection "Le Livre de Poche".

"Un homme nommé Claude Gueux, pauvre ouvrier, vivait à Paris en 1831. Il avait avec lui une fille qui était sa maîtresse et un enfant de cette fille... Il était capable, habile, intelligent, fort mal traité par l'éducation, fort bien traité par la nature, ne sachant pas lire mais sachant penser. Un hiver, l'ouvrage manqua. L'homme, sa fille et l'enfant eurent froid et faim. L'homme vola. Il en résulta trois jours de pain et de feu pour la femme et pour l'enfant, et cinq ans de prison pour l'homme. Il fut envoyé faire son temps à la Maison Centrale de Clairvaux. On va voir ce que la société en a fait." Relation allégorique d'un drame individuel, cet ardent plaidoyer contre la peine de mort et contre la prison met à nu le mécanisme de la brutalité sociale qui ne sait répondre à la détresse que par la répression. Avec Claude Gueux, Victor Hugo n'est plus simplement romancier ou poète. Il conquiert une place éminente auprès des plus grands orateurs de la Liberté. 


Cette chienne de vie...
Il faut que je te parle ce soir mon Dieu
De ma chienne de vie qui me rend malheureux.
Ce soir c'est un anniversaire bien spécial
C'est ma vingtième année dans cette prison.
J'ai mal ce soir tu sais,
J'ai l'âme qui hurle
Le cœur qui brûle
Je perds la tête je pense.
J'ai commis une faute par manque de raison
J'ai vécu l'enfer ici mon Dieu
Tout plein de bagarres comme leçons de vie
Et des caresses entre garçons comme cauchemar la nuit
Ce soir Seigneur, je veux te redonner ma vie
J'ai tant pleuré tu sais, en pensant à toi
J'ai crié ma peine pourtant des semaines
J'ai méprisé la vie que tu as voulu mienne
J'ai payé Seigneur de tout mon être
J'ai payé ma dette à ceux que tu aimes
Car moi tu ne m'as jamais aimé je pense
Je m'en étais douté depuis mon enfance
Tu ne te rappelles pas doux Jésus mon ami
De mes jours gris quand j'étais bambin
De mes longs cris la nuit dans un coin
De mon petit cœur d'enfant plein de chagrin
Qu'aurait-il fallu que je fasse pour que tu m'aimes ?
Je me suis laissé toucher par des mains qui n'étaient pas miennes
Je me suis mis à voler et à tuer pour chasser ma peine
J'ai gémi Seigneur
J'ai craché
J'ai hurlé
J'ai tremblé
J'ai vomi
J'ai tant de chagrin Seigneur ce soir
Que c'est par mes deux mains que je vais sortir du noir
Regarde-moi mon Dieu ce sang qui coule de mes veines
Regarde un peu s'il te plaît
Vois-tu ce sang sur mes poignets Seigneur
Je te la redonne cette vie
Cette chienne de vie qui a été mienne
Tu ne te rappelles sûrement pas aussi Seigneur chéri
Que ça fait mille fois que je te supplie
Tu ne m'as jamais entendu je pense
Tu ne m'as jamais aimé
Je crie ce soir doux Jésus
Mes larmes me tranchent la gorge
Mes sanglots m'étouffent comme le lourd calvaire d'un condamné
Je n'en veux plus de ce que tu m'as donné toi mon Dieu
Je t'en supplie reprends-la ce soir Seigneur cette chienne de vie
Je t'en prie aime-moi
Aime-moi donc juste une fois
Prends donc mon cœur entre tes mains
Parle moi donc de tes anges fins
Tu ne m'as jamais aimé
Mes parents ne m'ont  jamais aimé
Mes enfants m'ont déjà oublié
Je suis ici depuis si longtemps
Je n'en peux plus mon Dieu
Viens me chercher je t'en supplie
Car je t'aime moi
Je t'ai toujours aimé
Même tout petit le cœur déchiré
Même à présent
Même s'il me reste peu de temps
André Julien
Avril 2002 - http://www.andrejulien.net
Le site "Prisons" remercie l'artiste André Julien pour ce poème
 

 

Mon mari est incarcéré depuis 6 mois et depuis il écrit des poèmes, des lettres d'amour, c'est magnifique, et surtout émouvant. Je voulais vous remercier pour votre site qui est vraiment complet. Voici un poème des "Prisonniers de Nîmes" qui conjuguent le verbe "HAÏR" et écrivent les mots "mur" et "ou" pendant un atelier de français :

 

JE HAIS LES HAIES

 

Je hais les haies qui sont des murs.
Je hais les haies qui font la haie le long des murs .
Je hais les haies qu'elles soient de mûres qu'elles soient de houx.
Je hais les murs qu'ils soient en dur qu'ils soient en mou !
Je hais les haies qui nous emmurent. 
Je hais les murs qui sont autour de nous.
   
                            J.H. 27/11/2002 - transmis le 2.03.2003
 

La ballade de la geôle de Reading

Je ne sais pas si les lois sont justes

Ou si les lois sont iniques

Mais ce que sait tout captif au fond de sa geôle

C'est que le mur en est solide

Et que chaque jour est long comme une année

Une année dont les jours sont si longs (...)

-

Je sais aussi - et comme il serait sage

De l'apprendre à la terre entière

Que ces prisons que bâtissent les hommes

La honte les bâtit de pierres

Et de barreaux, de peur que le Christ

Voie comme l'homme estropie son frère

-

De ces barreaux ils ternissent la lune

Et masquent le soleil glorieux

Ils ont raison de cacher leur enfer

Car ce qu'ils font ni fils de Dieu

Ni fils de l'homme ne devraient le voir

Tant ce qu'ils font est odieux...

Oscar Wilde - La ballade de la geôle de Reading


 

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