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Prisons : ce que demandent les détenus

 

Pour la première fois, la parole est donnée à ceux qui ne l'ont jamais : les détenus. 15 500 prisonniers ont répondu à un questionnaire. Édifiant.

 

Le questionnaire a été distribué en juin dernier dans les prisons, par les représentants du Médiateur de la République. C'est un succès, estime l'Institut de sondage BVA qui vient d'en analyser les résultats. Habituellement, dans les consultations organisées auprès d'un large public, le taux des retours oscille entre 5 et 10 %. Là, 25 % de réponses. Un quart des détenus ont pris la parole. Certains l'ont fait « au nom de leurs camarades de cellule qui ne savent pas écrire ». D'autres se sont limités à un pathétique « aidez-moi ! ».

 

Le regard. Ce qui frappe dans les réponses, c'est l'absence de cris de haine ou de révolte. Au contraire, les détenus lancent à l'opinion un appel à la compréhension. Ils attendent avant tout, d'une réforme des prisons, que le regard de la société porté sur eux change.

 Les conditions de vie. C'est la première de leur revendication. 82 % d'insatisfaits. Ils ne réclament pas le confort, mais des conditions de détention qui assurent un minimum de dignité. Tous ou presque (9 sur 10) demandent la mise en place d'installations sanitaires, douches et toilettes, « préservant l'intimité de la personne ». Une majorité d'entre eux souhaiteraient disposer d'une cellule individuelle.

 Travailler, être payé. Ils veulent pouvoir travailler en prison et être honnêtement rémunérés. Le Code du travail n'est pas respecté derrière les murs. Ils souhaitent qu'à chaque détenu qui en fait la demande soit proposé « un parcours de qualification professionnelle, soit par accès à une formation, à une activité d'insertion ou à un emploi. »

Les liens familiaux. Trois détenus sur quatre demandent à être affectés dans un lieu de détention proche de leur domicile et de leur famille. La fréquence et la durée des parloirs devraient être augmentées. Ils veulent rencontrer leurs proches « dans des conditions qui respectent le droit à l'intimité ». En cas de « circonstances familiales graves », le droit de sortie devrait être systématique.

 Préparer la sortie. La très grande majorité des détenus aspire à se réinsérer dans la société. Mais les prisons manquent de travailleurs sociaux capables de les aider. Ils souhaitent des aménagements de peines et des permissions de sortie pour rechercher un travail, un logement. Interrogés, les magistrats et les travailleurs sociaux proposent de doter « tous les lieux de détention d'une plate-forme d'accès aux services sociaux ».

 Les soins médicaux. 60 % d'insatisfaits. On est loin de pouvoir consulter un médecin à tout moment en prison. Point noir : l'accès aux soins psychiatriques. De façon très nette, les prisonniers demandent le « transfert en milieu hospitalier spécialisé, des détenus souffrant de graves troubles psychiatriques ». Un souhait largement partagé par les travailleurs sociaux, les avocats et les magistrats consultés.

 Le silence des surveillants. Le personnel pouvait aussi prendre la parole, via un questionnaire sur Internet. Il a préféré garder le silence. Un seul centre de détention s'est réellement impliqué : celui de Rennes. Le directeur l'y a encouragé. Il avait mis à disposition un ordinateur pendant le service de nuit.

Des états généraux de la prison. Le dépouillement du questionnaire va servir de base aux états généraux de la condition pénitentiaire, le 14 novembre prochain. Objectif : interpeller les candidats à l'élection présidentielle sur ce monde carcéral qualifié par les parlementaires eux-mêmes de « honte de la République. » 

Bernard LE SOLLEU.  (OF samedi 21 octobre 2006)

 


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